Le projet d’Infantino sur le Mondial déclenche une vague de rejet
FIFA est au cœur d’une tempête autour du Mondial de football, après les révélations sur un projet porté par Gianni Infantino visant à ouvrir certaines compétitions à des investisseurs privés. L’initiative, encore floue dans ses contours, a immédiatement provoqué une série de réactions hostiles en Europe, en Amérique du Nord et au sein du mouvement des joueurs. Et plus les détails émergent, plus l’idée d’un affrontement frontal avec plusieurs grandes fédérations prend forme.
Le dossier avance vite, trop vite pour beaucoup. À ce stade, il ne s’agit plus seulement d’un débat sur le financement du football mondial, mais d’une question de gouvernance, d’équilibre des pouvoirs et d’avenir du calendrier international. Avec, en toile de fond, une menace qui semblait impensable il y a encore quelques jours: un boycott de certaines nations majeures.
Le projet d’Infantino et les promesses financières
Le plan imaginé autour du président de la FIFA repose sur la création d’une structure baptisée FIFA Forward Enterprise, censée superviser les grandes compétitions masculines et féminines. Le Mondial et la Coupe du monde des clubs figureraient au premier rang de ce dispositif, avec l’entrée de capitaux privés dans le montage.
Selon les éléments rendus publics, les 211 associations membres recevraient chacune une participation, qu’elles pourraient conserver ou revendre. Infantino a aussi adressé une lettre aux fédérations pour défendre son projet, en leur promettant 40 millions de dollars si elles l’appuient, dont 20 millions disponibles dès le 1er janvier prochain. Une date butoir a même été fixée au 19 septembre pour accepter cette offre unique.
Le schéma évoque aussi un changement de rôle pour le dirigeant suisse, appelé à quitter la présidence en 2031 s’il est réélu sans opposition. Il pourrait alors devenir commissaire de la société, avec une rémunération annoncée à 64 millions de dollars. FIFA resterait majoritaire, tandis que les investisseurs privés détiendraient entre 20 et 30 % du capital. Joshua Kushner est cité comme principal investisseur pressenti.
UEFA hausse le ton face au Mondial d’Infantino
La réponse de l’UEFA a été immédiate et particulièrement ferme. L’instance européenne estime que ce projet franchit une ligne que les institutions du football ne devraient jamais dépasser. Elle dénonce surtout la méthode, estimant que l’ultimatum adressé aux associations en dit long sur la logique du plan.
Dans sa dernière prise de position, UEFA affirme avoir constaté une opposition croissante parmi les acteurs du jeu. Son message est clair: FIFA ne peut pas continuer à utiliser le football pour s’enrichir elle-même, ainsi que ses proches. Le mouvement européen appelle au contraire à remettre au centre les associations, les clubs, les ligues, les joueurs et les supporters.
Cette tension rappelle un précédent récent. En 2021, l’UEFA avait déjà brandi la menace d’un boycott européen pour bloquer l’idée d’une Coupe du monde organisée tous les deux ans. Cette fois encore, l’hypothèse revient dans le débat, même si le contexte complique fortement une telle option.
Le Mondial 2030 complique l’hypothèse d’un boycott
Un boycott européen n’est pas simple à imaginer, et encore moins à mettre en œuvre. La Coupe du monde 2030, qui marquera le centenaire de la compétition, doit se dérouler en grande partie sur le continent européen, avec l’Espagne et le Portugal comme pays hôtes aux côtés du Maroc. L’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay accueilleront également des matches dans le cadre de cette célébration.
Malgré cela, le sujet reste ouvert. L’UEFA doit tenir une réunion d’urgence, et ses membres devraient discuter de la réponse collective à apporter à la nouvelle initiative d’Infantino. Dans ce climat, chaque fédération pèse désormais ses mots avec prudence, mais aucune ne semble vouloir laisser passer le dossier sans examen approfondi.
La Fédération anglaise a, elle aussi, affiché son agacement. Elle dit avoir découvert le projet sans aucun détail concret, ni sur sa nature exacte, ni sur les conditions qui l’accompagnent. Londres se dit surtout préoccupé par l’absence de processus clair et par les questions de gouvernance soulevées par cette manière d’avancer.
Le Mondial d’Infantino divise aussi en dehors de l’Europe
Toutes les voix de l’UEFA ne parlent pourtant pas d’une seule et même manière. Le président de la Fédération tchèque, David Trunda, a affiché une lecture beaucoup plus pragmatique du dossier, estimant voir des bénéfices possibles pour le football tchèque dans une coopération avec Infantino et son équipe. Il reconnaît manquer encore de détails, mais juge l’intention potentiellement positive.
En Amérique du Nord, centrale et dans les Caraïbes, CONCACAF a également réagi avec inquiétude. Son communiqué insiste moins sur le fond du projet que sur la façon dont il a été présenté, sans consultation préalable des instances concernées. L’organisation dit avoir appris l’affaire par les médias, puis par une communication officielle, ce qu’elle considère comme un manquement grave au processus.
La même frustration s’exprime du côté de la Confédération asiatique. L’AFC regrette de ne pas avoir été consultée et déplore qu’un sujet d’une telle portée soit entré dans l’espace public avant d’avoir été étudié dans les circuits de gouvernance appropriés. Là encore, le reproche vise autant la méthode que le contenu.
Les joueurs et les ligues européennes disent non
La contestation ne vient pas seulement des fédérations. FIFPRO Europe, la branche européenne du syndicat mondial des joueurs, a vivement rejeté l’idée de transformer la Coupe du monde et d’autres compétitions FIFA en actifs investissables par des capitaux privés. L’organisation avertit que ce choix modifierait en profondeur les incitations qui structurent la carrière des joueurs et le fonctionnement des tournois.
Son inquiétude porte aussi sur le calendrier international, déjà très chargé. FIFPRO Europe estime qu’un projet élaboré en grande partie à huis clos, sans véritable dialogue avec les premiers concernés, ne peut pas être soutenu. Le syndicat juge en outre que les mécanismes de discussion récemment mis en place entre FIFA et FIFPRO ont été contournés.
Le ton est tout aussi sévère chez les Ligues européennes, avec le soutien complet de la Premier League. Leur position est sans ambiguïté: la Coupe du monde ne devrait pas être à vendre. Elles rappellent que la valeur des compétitions est créée au quotidien par les ligues, les clubs, les joueurs et les supporters, sans qu’ils aient leur mot à dire sur ce dossier.
Un bras de fer qui dépasse la seule question financière
Au fond, le débat dépasse largement la simple promesse d’argent frais. Les opposants redoutent une dérive du modèle sportif vers une logique de rendement, avec à la clé une possible évolution du nombre d’équipes, voire de la fréquence du tournoi. Le passage de 48 à 64 sélections, ou une compétition organisée plus souvent que tous les quatre ans, fait partie des scénarios évoqués.
Les critiques parlent d’un processus opaque, d’une décision unilatérale et d’un risque de conflit avec le calendrier des matches internationaux. Les Ligues européennes ont même rappelé avoir saisi la Commission européenne sur des questions liées à l’imposition du calendrier par la FIFA. Elles veulent désormais que toute réforme majeure passe par une consultation transparente, responsable et inclusive.
Pour l’instant, Gianni Infantino a gagné une bataille de calendrier, mais pas celle de l’adhésion. Plus les prises de position s’accumulent, plus son plan semble exposé à une résistance large et durable. Et si la FIFA espérait faire avancer discrètement son projet, le dossier est désormais devenu un test majeur pour l’avenir de la gouvernance du football mondial.





